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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 21:23

« Je suis enfin un père », voilà la façon dont j’ai interprété, naïvement, les paroles de celui qui se tient à côté de moi, en larmes.

C’est la deuxième fois que je le vois pleurer ainsi.

« Que vais-je devenir ? » était alors la phrase qu’il avait prononcée au fond du jardin, près des rosiers, lorsque ma mère avait décidé de reprendre sa liberté.

Ce jour-là il perdait son soleil, sa terre, son monde et en oubliait d’être père.

Dix ans plus tard, la réalité de sa paternité le submerge : destiné à mourir un jour laissant ses enfants avec la souffrance indicible de la perte. Un courage nouveau l’anime ; il sera père envers et contre tout, il se dressera face à son frère et sa sœur, fera valoir ses droits et ceux de ses enfants. Il trouvera la force d’être un homme !

Ma grand-mère s’était sans doute réfugiée dans les bras d’un Dieu désuet afin de compenser l’amour qu’elle n’avait jamais reçu. Petite, elle avait été donnée à sa tante par sa mère qui gardait auprès d’elle sa jumelle. A vingt-sept ans elle avait épousé un homme qu’elle croyait destiné à sa cadette. Mamie n’a jamais trouvé la force d’être. Et ses enfants s’imaginent exister parce qu’ils ont de l’argent.

Seul mon père vit vraiment.

Mais il s’est toujours interdit de le faire devant eux.

  Les rires retentissent de l’autre côté du mur. Dans la cuisine, mes tantes s’activent. Les cousins de Toulouse arrivent ce soir, ceux de Bretagne demain :

« Les chambres ne sont pas prêtes. Il faut aller faire des courses et remettre le chauffage. On pensera à vérifier que ceux du salon rouge sont éteints. Ce serait idiot ! On a passé l’aspirateur cet après-midi, fait les courses, récupérer des couvertures. Que de travail ! Et cette idiote de gamine qui ramasse des hortensias pour sa grand-mère ! Quel excès de zèle ! Cela ne sert plus à rien…. Que de sensiblerie ! Ridicule! Enfin, elle ressemble de plus en plus à sa mère… où se trouve le plateau ? On va en avoir besoin pour l’apéritif ! Le prêtre arrive à quelle heure ? Si tard !! »

Véronique est la femme de mon oncle. Elle pose des questions auxquelles elle apporte elle-même des réponses n’écoutant jamais ce que les autres, trop idiots, ont à dire. Etrange mélange de poule et de vipère, elle déteste les chats.

J’adore les chats.

Je remplis d’hortensias tous les vases que je trouve. Il n’y a plus de rose depuis que mon oncle a décidé de simplifier la coupe semestrielle des Pierre de Ronsard en rabattant toutes les branches des rosiers plantés pour ma naissance.

Il a toujours été revêche à la poésie.

 

Je réalise que ma grand-mère est morte depuis longtemps pour cette femme à la langue fourchue. Elle me surveille du coin de l’œil. On ne sait jamais, je pourrais tenter de dérober quelque chose, quelque objet précieux, quelque bijou caché, une médaille, une cuillère, un souvenir avant l’heure, avant le grand partage !

Je grimpe timidement les escaliers jusqu’à cette chambre que je connais bien. Sur la cheminée une photo : mamie me tient dans ses bras, j’ai quelques mois. Son regard est transfiguré d’amour pour cette première petite fille, échappée des griffes de la mort, grâce à la volonté de Dieu. Dieu qu’elle a prié avec ferveur pendant des nuits entières. Notre père qui êtes aux cieux que votre nom soit sanctifié que votre règne vienne, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Amen ?

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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