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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 00:06

Jacques : La mort de maman. Maman est morte. Cela faisait longtemps qu’il attendait. Toutes les raisons n’étaient pas avouables, certes. Il ne pouvait se les formuler clairement. Il n’avait jamais vraiment pensé par lui-même, et aujourd’hui encore à soixante ans passés, il ne concevait pas clairement la notion de « je ». Il ne voulait pas que maman souffre. La souffrance d’autrui lui était pénible. Elle le minait. Echo à sa propre douleur. Il allait être opéré de la thyroïde et des… bon sang, s’il n’arrivait pas à le penser, c’est que ça devait l’affecter beaucoup plus qu’il ne feignait de le croire !

Vivrait-il jusqu’à quatre-vingt-quatorze ans lui aussi ? Comment ? Où ? Il n’imaginait pas.

Trop peu d’imagination.

Mais le présent ne lui laissait que peu de perspectives. Tout comme le passé.

Il n’avait réalisé aucun de ses projets. Même son mariage n’était pas un choix personnel. Electre lui avait présenté, juste après sa rupture avec Camille, cette petite blonde très entreprenante, qui avait décidé de tout très vite : fiançailles, mariage, nombre d’invités, couleur de sa cravate, des volets de la maison, deux enfants, la campagne, les vacances en Vendée et sa coupe de cheveux, ah, oui, même la monture de ses lunettes !

Pourtant, il aimait Véronique...

Aimait-il Véronique ?

Est-ce que c’est ça l’amour ?

Il avait toujours pu s’en remettre à elle. Elle ne demandait que ça au fond. Elle le dominait. Il s’était soumis. Reconnaissant. On voulait bien de lui !

Aujourd’hui la seule chose qui le déterminait intimement était la cigarette.

Ses fils militaient pour qu’il arrête, argumentant sans cesse, soutenus par leur mère. Il avait tenu bon ! Il n’arrêterait jamais. Il le savait. Il ne capitulerait pas. Aspirer le venin des blondes au parfum de violettes séchées était sa seule façon de revendiquer sa paire de couilles. Celle-là même qui le faisait souffrir.

Véronique n’a jamais été tendre. Ni avec maman. Ni avec personne d’ailleurs. Elle n’est pas conçue pour l’être. C’est tout. Et c’est tant mieux. Elle est efficace ainsi.

Elle ne s’encombre pas d’états d’âme. Elle avance.

Et il avait avancé grâce à elle. A sa force.

Camille était si fragile.

Camille ! Douce et gracieuse ballerine, aux yeux liquides…

Il y avait longtemps qu’il n’avait pensé à elle, à eux. Il s’interdisait d’y penser depuis si longtemps !

Et voilà que Jérémie allait épouser une Camille forte et fragile à la fois.

La vie a de ces ironies !

Véronique s’agite, danse dans la maison. Tout de même, il ne pensait pas que la mort de maman serait une telle délivrance pour elle. Il est vrai que ces derniers temps, elle ne cachait pas une certaine impatience. Il avait remarqué son agacement dès que la vieille femme prononçait un mot, formulait une requête, lorsqu’ils allaient la voir.

Maman. Quel personnage ! Il avait toujours été son préféré. Il le savait bien. Il avait été jaloux d’Emmanuel : il n’était plus le seul garçon de la maison ; mais au fond, il s’en voulait. L’inverse aurait été plus logique finalement. Emmanuel avait toujours été relégué au second plan, l’autre fils, de secours.

Mais voilà Emmanuel était plus beau, plus doué, plus vivant ! Il avait une femme superbe, brillante, qui lui a donné deux adorables filles… un peu particulières, certes, mais Dieu que la vie l’avait comblé !

Ce n’est pas qu’il se sentait lésé, oh, non ! Mais il n’avait jamais senti cette force, ce souffle qui animait son frère. Et il se demandait quel goût ça pouvait avoir une vie pareille…

Seulement, aujourd’hui, il est trop tard. Plus de force. Et puis qui l’aiderait ?

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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