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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 19:14

Véronique: Enfin ! Elle est partie. Loin. Au ciel comme on dit. Ou ailleurs. Peu m’importe ! L’agonie fut longue ; surement douloureuse : deux jours entiers à râler, à s’étouffer, le visage tordu dans une contraction sans fin. Difforme, hideuse, méconnaissable.

Atroce fin de l’humain qui lutte jusqu’au bout. Energie du désespoir ?

Fastidieuse fin, ça c’est une certitude! Il a fallu veiller, faire des allers-retours entre l’hôpital et la maison, passer du temps avec Electre et attendre que cela se passe, enfin. Supporter Antigone faute de l’avoir évincée. Manifester un minimum de chagrin.

Qu’il est difficile d’avoir l’air aussi longtemps !

Dieu, merci, ils n’ont pas cherché à la tenir en vie artificiellement ; à son âge cela aurait été indécent ! Je commençais à croire qu’elle vivrait encore dix ans après le coup qu’elle nous a fait en février ! Cette façon qu’elle a eu de tromper la mort ces trois dernières années, quelle santé !

Mais, cela est terminé. Nous avons fait ce qu’il fallait.

Jacques est effondré. Les nerfs sans doute. C’est normal, perdre sa mère reste une épreuve. Une épreuve inéluctable. Il la surmontera. Je l’aiderai. L’héritage aussi.

Hériter est une des étapes essentielles du deuil ; le chagrin prend alors une dimension plus douce. On se console de l’absence de l’être cher par la présence de ce qui lui appartenait. On vit avec lui d’une autre façon. On prend possession des lieux qu’il habitait, on conserve quelques meubles précieux, on porte ses bijoux. On se débarrasse du reste. Et le défunt vit à travers le souvenir qu’on veut bien garder de lui.

C’est comme ça.

Je vais récupérer ce qui me revient. De droit ! Pour tout ce que j’ai du endurer toutes ces années !

Donnant, donnant.

La vie est ainsi faite. Ceux qui pensent autrement sont de pauvres sentimentalistes sans envergure. Comme ce pauvre Emmanuel ! Et ses imbéciles de gamins. Les chiens ne font pas des chats -Dieu nous en préserve !

J’ai enduré l’Algérie terre promise et reprise, les repas de « famille », le couscous et la familiarité méditerranéenne, rempli toutes les conditions pour être acceptée, satisfait toutes les exigences, appris à être ce qu’elle voulait que je sois. La belle-fille parfaite. Non, je n’ai pas appris à l’aimer. Je n’ai même pas essayé, cela m’importait peu.

Est-ce si important d’aimer ? L’amour est une faiblesse. Une faiblesse à laquelle on ne me prendra pas. Inutile, amollissant, avilissant, gluant. Une maladie du corps et de l’esprit. Un parasite. Nuisible.

C’est fini vieille emmerdeuse ! Tu ne m’appréciais pas malgré tous mes efforts ! Et bien je vais me récompenser toute seule ; l’heure est venue de rendre justice à des années d’obséquiosité stérile ! La maison est si calme ce soir. Ils sont tous rentrés chez eux. Emmanuel voulait veiller le corps une nuit de plus ! Heureusement, Antigone l’en a dissuadé, faisant très justement remarquer à son père que si je restais ici avec Jacques et Marc c’était sans aucun doute pour le faire. Je crois que cette petite idiote est sensible à mon comportement de tante compatissante. Je sens ces choses-là, j’ai toujours été très fine psychologue.

Quand je pense que bientôt je serai ici chez moi, ce n’est plus qu’une question de temps ! Emmanuel ne voudra pas garder la maison, il veut la paix au fond de ses bois et pour cela cherchera à se débarrasser de tout problème comme à son habitude ; quant à Electre, elle a assez de ses deux maisons à gérer. Mais elle reste une adversaire coriace car elle n’acceptera jamais que je m’approprie les lieux. Jacques, elle s’en fout. Mais moi, elle ne me tolérera jamais. Par principe. Il va falloir accentuer le rôle de la tante parfaite et de la belle-sœur endeuillée avec cette bande de dégénérés afin d’obtenir une alliance fructueuse. Bataille rangée en perspective. Enfin un peu d’action après cette trop longue attente.

Dieu qu’il fait doux ce soir ! L’air embaume. On devrait manger dehors…

 

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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