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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 11:21

Scène 2 :

 

Une réunion de famille, la salle à manger de la maison de Colombe.

Le thé est servi : porcelaine dépareillée, une tarte médiocre à la pomme, serviettes en papier jaunies.

 

Véronique, d’une voix se voulant neutre, un peu trop enjouée cependant, essayant de s’attendrir: C’est étrange de se retrouver ensemble dans cette maison sans Mamie! Mais bon, il faut avancer et envisager le partage des biens afin de…

 

Antigone, la coupe calmement, l’ironie tapie au bord  des lèvres : Sans mamie, et sans une partie de ses affaires également. Oui, très étrange, effectivement la maison n’est plus la même. Et puis, quelle idée lumineuse : avoir tout sorti des placards, façon brocanteur ! En tas : vaisselles ébréchées et pots cassés, vieilles pelotes de laine et draps usés. Je ne me souvenais pas que mamie soit aussi peu soigneuse…

Brocanteurs, oui.

Pilleurs de tombe aussi…

 

Electre, piquée au vif :Ta grand-mère n’avait plus toute sa tête avant de mourir, elle a jeté des affaires, en a donné d’autres à la bonne, et puis nous avons tout réuni ainsi pour que ce soit plus pratique pour partager. Tout est ainsi visible, pas besoin de chercher dans les fonds de placard…

Clémence la coupant : Pour l’aspect pratique, c’est réussi ! Surtout les cadres décrochés des murs et empilés, c’est beaucoup plus simple de les voir ainsi… Au fait, les photos des arrière-grands-parents, à quel endroit de la maison ont-elles donc migré pour simplifier la répartition ? ne seraient-elles pas déjà sur les murs de l’un d’entre vous pour rendre le partage moins compliqué ?

son regard se durcit, elle articule lentement chacun des mots suivants, et surtout beaucoup moins équitable !

Quant aux fonds de placards, peut-être qu’il n’y avait pas vraiment urgence à les vider…

 

Electre, très tentée de mettre une gifle à sa nièce, à sa belle-sœur aussi, par principe, serre les dents et siffle : Mais tu devrais bien plutôt nous remercier pour le travail que nous avons fait !

 

Antigone, poursuivant, ne prêtant aucune attention à la réplique surréaliste de sa tante : Or, Mamie n’était pas revenue seule dans cette maison depuis au moins cinq ans ; et ce n’était pas dans sa logique de jeter : il suffit de monter au grenier! Entre vos carnets de notes médiocres et vos réussites artistiques en tout genre, l’ancienne baignoire en fonte, la collection de journaux de 1962 à nos jours…

 

Véroniqueintervenant: Tes cousins s’installaient, ils avaient besoin de meubles, nous avons donc procéder, tout naturellement, à une répartition équitable.

 

Antigone : Equitable dis-tu? Moi aussi je m’installais, mais, cela est différent sans doute. Votre interprétation toute personnelle de la notion d’équité me permettra peut-être de comprendre aussi pourquoi, alors que nous ne sommes que deux petites filles, ni Clémence, ni moi-même n’avons été conviées à partager, en toute impartialité cela va de soi, les bijoux de notre grand-mère, avec vous, mes très chères tantes ?

Mais sans doute que dans un élan de démence sénile, mamie a tout jeté par la fenêtre de la maison de retraite? Cela aussi simplifie le partage, n’est-il pas ?

 

Véronique, observant attentivement Electre par en-dessous : En tout cas, elle n’avait pas jeté la croix en diamants, puisqu’elle l’a désormais autour du cou.


 Electre la regarde brusquement, puis se ressaisit : Oui, je n’ai jamais vu maman sans cette croix, il était normal qu’elle l’emporte avec elle dans son voyage éternel et…

 

Antigone, coupant sa tante sans aucun ménagement pour son lyrisme chevrotant : Effectivement, la croix était la seule chose que vous n’aviez pu lui confisquer !

 

Electre avec condescendancepour sa défunte mère : Elle ne savait plus ce qu’elle avait fait de ses bijoux et on ne voulait pas qu’elle les perde définitivement. Nous avons donc décidé de les récupérer afin de les mettre à l’abri et la tranquilliser ainsi. Et lorsqu’elle est partie à la maison de retraite, elle ne pouvait emmener aucun objet de valeur. J’ai donc légitimement tout gardé. Je suis sa fille. Sa seule fille.

 

Clémence, un sourire de chat aux lèvres : Bonne nouvelle donc, les bijoux ne sont pas perdus ! Nous allons pourvoir récupérer un souvenir de notre grand-mère. Un souvenir, cela doit pouvoir se faire, non ?

 

Marc, d’une voix aigrelette : Je ne vois pas pourquoi vous seriez les seules à récupérer un bijou !

 

Clémence, reprenant : Que les objets soient répartis avec équité entre les enfants et petits enfants c’est tout à fait normal, et effectivement, les bijoux ne peuvent être réservés aux seules filles, cependant, cousin, il me semble que vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul du crémier est contraire à la notion d’équité que vous revendiquez tous avec force, non?

 

Marc s’étranglant : Le cul de la crémière !

 

 Clémence, le regardant droit dans les yeux en souriant : Non, non, du crémier, enfin, il faut savoir, quand on a un minimum d’à-propos, s’adapter à la situation. Il faut apprendre à s’accepter tel que l’on est, tu verras, je t’assure, on va beaucoup mieux après, et surtout, on emmerde moins les autres !

d’un ton glacial : Et puis, n’inverse pas les rôles en jouant les princesses outragées, je ne suis pas d’humeur !

 

Eric, coupant enfin court à la conversation : Au fait, si je ne savais pas la croix de mamie autour de son cou, je jurerais l’avoir vu dans La Gazette des Antiquaires !

 

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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