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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 01:15

Scène 3 :

 

Tous s’affairent autour de Véronique qui semble s’être étranglée avec le morceau de tarte qu’elle engloutissait en cette fin de la scène -entorse hebdomadaire fatale à son régime.

 

Jacques, qui prudemment sur les conseils de sa femme n’avait pas dit un mot, intervient afin de sauver la mise à sa chère épouse, faisant preuve de son tact légendaire : Véronique est très émotive, nous le savons, et ça ne s’arrange pas en vieillissant. La ménopause sans doute… Les hormones…

 

Electre, le coupant, moqueuse : Ah les affres de l’âge ! L’émotion à fleur de peau. Les épanchements lacrymaux. Et bien sûr, la maison, les souvenirs… tu te fous de moi ? La seule chose qui puisse provoquer de l’émotion à cet animal à sang froid c’est l’argent !

Ou les diamants…

S’adressant à ses nièces, d’un ton tranchant : Oui j’ai récupéré les bijoux, mais votre grand-mère me les a donnés avant de mourir ! C’est comme ça. Et de toute façon, il est logique que les bijoux reviennent à la fille aînée ! Vous n’avez rien à dire.

 

Clémence, effilant son sourire félin : Dans un mauvais roman médiéval sans doute, mais la réalité dit le contraire, ainsi que le droit ! Il n’y a aucun écrit, bien sûr, ni aucun témoin à ce don opportun, n’est-ce pas ? Aucune contestation n’est possible à la volonté d’une morte !

Tu penses vraiment nous faire gober ce genre de connerie ? Tu connais la notion de « recel successoral », toi qui sais toujours tout mieux que tout le monde  et qui donne des leçons d’équité?

 

Emmanuel, qui depuis l’enterrement a repris le joug du benjamin : Clémence, ne parle pas comme ça à ta tante ! Nous sommes une famille ! Nous devons nous faire confiance. De toute façon, tu ne veux rien, nous ne voulons rien. Ne sois pas injuste avec tes accusations ! Après tout, ce n’est pas bien grave…

 

Clémence, se redressant brutalement, rouge d’une colère qu’elle contient depuis des années :Je t’interdis de parler de famille et encore moins de justice !

On est en plein délire, là ! C’est la quatrième dimension cette maison !

 Les mots n’ont plus aucun sens ; les cons sont rois et les gentils sont des abrutis !

On veut nous faire passer pour ce que nous n’avons jamais été : des êtres vils, veules, et intéressés !

Se tournant vers ses tantes :

Vous êtes-vous seulement regardés dans un miroir récemment bande de… hyènes !

Faudrait voir à se remettre un tout petit peu en question là, les charognards !

 

Antigone, regardant par la fenêtre : Ma pauvre sœur, tu décris le monde réel, nous sommes cernés par l’absurde…

Certes, cela est d’autant plus vrai dans cette maison, à cet instant précis.

Fixant Electre dans les yeux, son sourire disparaissant : Alors, il était là le motif ?

 

Electre se raidit et devient blême.

 

Antigone, reprenant : Un peu vénal, non ? Pas très original en tout cas. Il y a des mobiles plus nobles. Mais je n’en attendais pas plus de gens aussi dépourvus d’imagination.

 

Electre, dont le souffle s’accélère, sur un ton de plus en plus aigre: Mais de quoi parles-tu ? Quel motif ? Quel mobile ? Pour qu’il y ait motif, il faudrait qu’il y ait eu…

 

Antigone l’interrompant calmement : …meurtre ? Mais c’est de cela dont il est question. Entamant la litanie des synonymes telle une comptine macabre : Assassinat, crime, exécution, homicide. Matricide. Tout cela à la fois.

 

Clémence s’approchant de sa sœur, appuyant chacun de ses mots : Bien sûr, les bijoux, c’est la cerise sur le gâteau. Mais le vrai mobile reste la vengeance.

Tu t’es vengée, enfin ! de cette femme qui t’avait empêchée de commettre ce qu’elle croyait être une faute. Il y a cinquante ans de cela !

Bien sûr, elle a eu tort ! Mais c’était une autre époque, et il aurait fallu qu’elle soit quelqu’un d’autre pour prendre une décision différente. Même aujourd’hui ce genre de décision est difficile à prendre ! En dehors d’un viol…

Et combien vous avez payé pour cette erreur ! Tous !

Cela ne suffisait pas ? Il fallait élargir la plaie, l’entretenir avec patience et rage pour lui montrer sans cesse combien elle avait été une mauvaise mère ?  

 

Antigone, se tournant vers Jacques et son père : Vous vous êtes tous vengés ; de votre enfance, de vos rancœurs, de tout ce qu’elle n’avait pas su vous donner. Mais vous est-il seulement venu à l’esprit que vous aviez le pouvoir de vivre quelque chose de différent ? Si seulement vous aviez dépassé vos mesquineries, votre connerie respective ! Et que vous aviez été des hommes !

Fixant à nouveau sa tante dans les yeux, avec une assurance nouvelle qui s’empare d’elle :

C’est si compliqué de pardonner ? la rage, la haine, le ressentiment sont des sentiments si agréables que l’on doive les cultiver ainsi ?

 

Clémence, regardant Véronique froidement : Quant à toi, tu as obtenu ce que tu voulais, qu’on se débarrasse de la vieille emmerdeuse, c’est bien comme ça que tu l’appelais ? Peu importe comment. Tu nous prends pour des abrutis ? Qu’est-ce que tu t’imagines ?

Vous êtes tous complices ! Coupables d’avoir tout fait pour qu’elle quitte le navire le plus vite possible !

Et je refuse de vous entendre parler de mamie comme si elle vous manquait ! Assumez au moins, une fois dans votre vie, ce que vous êtes, ce que vos choix ont fait de vous !

Des assassins, misérables acteurs d’une mauvaise tragédie grecque !

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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