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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 12:57

 « Bon et pour les fleurs, sommes-nous vraiment obligés, je veux dire pour la même somme on pourrait peut-être, je ne sais pas moi, investir dans une petite statue : une tête de Christ par exemple ? C’est bien ça! c’est un investissement bien plus sensé finalement que des fleurs qui seront fanées à la fin de la semaine… »

Véronique n’aime pas dépenser inutilement… pour les autres en tout cas. Et une statue, une plaque, n’importe quoi en marbre ou en bronze garnirait la tombe de manière permanente…

« C’est hors de question ! Il ne s’agit pas d’investir au mieux  mais de vivre l’émotion dans l’instant, elle aimait les fleurs, elle aura donc des fleurs ; roses et blanches, c’étaient ses couleurs. On verra plus tard pour le reste. »

J’aime quand papa s’agace.

Une tête de Christ ! Une tête de Christ ! Comment peut-on avoir des idées pareilles ?

           Il est midi. Clémence arrive enfin. Avec maman. La porte s’ouvre, tous se figent. Maman se tient derrière. Clémence pleure spasmodiquement. Mes cousins nous regardent nous enlacer avec nos larmes et nos déclarations d’amour, sans comprendre. « Rien qu’un souffle, avait dit mamie peu de temps avant sa mort. » Oui, c’est à peine ce que nous sommes. Alors si je te serre un peu fort c’est que je veux sentir ce souffle qui t’anime et te dire combien je t’aime, toi qui es un peu moi. Maman se joint à nous. Véronique s’approche et interrompt la fragile union de nos bras. Sous prétexte de dire bonjour à ma sœur, elle l’attire loin des rives sereines de ma mère dans les profondeurs du bureau.

« Il faudrait aller voir ta grand-mère avant qu’on ne la mette en bière. »

La réponse est négative, catégoriquement.

« Pourquoi ? »

Au nom de la liberté tout simplement.

« Tu sais, c’est prouvé, voir le corps permet de mieux établir le processus de deuil ! Tu le regretteras après ! Viens !

-Non. »

Véronique agrippe le bras de ma sœur qui doit lutter contre son emprise tentaculaire. Heureusement la foule est là qui obstrue le hall pourtant vaste afin de se presser une dernière fois auprès de Mamie, Madame Granier, Tantine, bref auprès de Colombe. Evidemment, aujourd’hui tout le monde est là. En deuil.

Clémence trouve en une cousine un soutien efficace et se dégage.

« Ce n’est plus mamie qui est couchée là, c’est son corps rigide, son cadavre ! Laisse-moi. Si tu veux garder en mémoire un visage cireux, libre à toi ! Je ne veux pas, je ne peux pas ! »

C’est étonnant de voir combien la majorité des gens s’imaginent qu’il n’existe qu’une seule et unique vérité, la leur ; Véronique et Marc sont lardés d’idées préconçues, irréfutables bien sûr. Car scientifiquement prouvées. De la même façon qu’était démontrée la platitude de la terre il y a quelques siècles…

Il m’a toujours semblé paradoxal de manifester autant de déférence aux morts quand on oublie de s’intéresser aux vivants. Mamie a terminé sa vie dans une chambre aseptisée, sans que cela ne choque personne. « Il était normal qu’elle soit placée dans un endroit où elle ne dérangerait personne, heu, où on ne la dérangerait pas, où on s’occuperait d’elle correctement. »

Correctement. Décidément je ne supporte pas ce mot ! 

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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