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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 12:57

Emmanuel : Enfin je suis père !

Comprends-tu ma fille, toi qui es à côté de moi en cet instant, comprends-tu ce qui se passe ? Ma mère est morte et je dois affronter la réalité de mon sort.

Mortel, c’est ce que nous sommes...

Ce temps perdu. Tout ce temps! A essayer d’être sans exister vraiment. Désormais je suis face à mes responsabilités d’homme. Je suis un homme. Un père aussi. Excuse-moi de te serrer si fort mais j’ai besoin de me sentir vivant. J’ai besoin de réaliser que tu existes, que tu es de chair et de sang. Je te sais fragile et cependant tu es courageuse. Ton courage n’est pas le mien. Tu as reçu celui de ta mère. Moi, j’ai toujours cherché la paix, la tranquillité. J’ai sacrifié beaucoup à cette paix. Et pour quel résultat… la guerre !

Je ne suis plus le fils de personne. Je suis le père de trois enfants. Je suis prêt, en cet instant, à me battre pour vous, parce que je sais que je vous aime et que vous avez besoin que je sois courageux.

Allons ramasser des fleurs pour ta grand-mère. Va chercher un sécateur.

Pourquoi me regardes-tu avec tes yeux noirs ? Je lis la colère et la tristesse dans ton regard. Apaise-toi Antigone, tu ne changeras pas les choses. Viens ramasser des fleurs pour ta grand-mère et laisse-les tous à leurs occupations. Tu as compris une des leçons les plus difficiles que nous donne la vie : aimer ne suffit pas.

Ta tante, ton oncle, tes cousins sont incapables de t’aimer car tu ne leur ressembles pas. Et ils ne veulent pas de ton affection, car ils ne peuvent comprendre qu’elle existe. A chacun sa vision du monde. La leur ne peut coïncider avec la nôtre quoique l’on fasse.

Nous sommes différents et ils ne peuvent le supporter.

Quant à Electre, elle ne sait plus aimer ; elle porte une fêlure en elle qui n’a cessé de croître et de la détruire. Et ta grand-mère en est responsable, d’une certaine façon.

Ah, si seulement nous avions réussi à parler…


        « Emmanuel, nous avons besoin de toi pour les papiers ! »

Le ton n’est ni agréable, ni affectueux. On ressent même comme une pointe d’agacement dans cette voix de femme qui ne comprend pas ce qu’un père et sa fille peuvent partager autour d’un corps allongé, roide et jaunissant, des hortensias plein les mains.

Je sens que je tressaille. Apprendre le courage demande de la force, et à ce moment précis, je  ne peux compter que sur ma colère comme source d’énergie vive. Or, je ne veux pas me disputer, pas aujourd’hui.

          Enfin je suis ! Oui mais qui ? Et toi, qui es-tu ? Toi qui me ressemble tant, tu te tiens si loin de moi pourtant. Toi dont je partage le sang. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous entendre ? Sans même parler de nous comprendre…regarde-moi et aime-moi comme je t’aime. C’est tout ce que je demande, depuis si longtemps.

Aime-moi comme je t’aime, sans condition !

 Pourquoi me regardes-tu encore et toujours avec ce mélange de condescendance et de mépris ? Qu’ai-je fait pour encourir ton courroux ?

 Aimez-vous les uns les autres.

Je t’en foutrais moi de l’amour du prochain !

Les relations humaines sont d’une complexité affligeante, désespérante. 

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Published by Antigone - dans Si Dieu veut...

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